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Accueil » Thaïlande, Malaisie, Indonésie • 2007

Bukit Lawang, ou ma réconciliation avec l’Indonésie

1 mai 2007 7 commentaires

Récit


[Du 20 au 26 avril]

Me revoici sur ce blog après une longue absence. Hé oui à Sumatra, Internet n’est pas forcément partout et souvent cher, avec une vitesse de connexion plutôt lente.

Merci à tous pour vos nombreux commentaires, ça fait chaud au cœur. Je me sens mieux depuis que j’ai quitté Medan, mais je vous encourage à continuer de réagir et de me donner de vos nouvelles, c’est très chouette de vous lire.

Depuis Medan, presque quatre heures de bus pour faire 90 km sur une route désastreuse, destination : Bukit Lawang, un petit village bordant une rivière, au nord-ouest de Medan. Après l’étuve et la pénibilité de Medan, quel bonheur de débarquer dans un petit havre de paix, où les gens me regardent normalement, et où la vie semble si paisible.

Bukit Lawang (Sumatra, Indonésie)

Pas beaucoup de touristes à Bukit Lawang ; le village a été ravagé par une inondation en 2003, et depuis, ni les touristes, ni les habitants de Medan (qui y venaient souvent pour le week-end) n’en font une destination privilégiée. Et quelle erreur !

La rivière de Bukit Lawang ; sa crue en 2003 a complètement anéanti le tourisme dans la région (Sumatra, Indonésie)

Bukit Lawang se trouve en bordure d’une jungle profonde et magnifique, qui abrite notamment des orangs-outans, espèce en voie de disparition.

La profonde jungle de Bukit Lawang (Sumatra, Indonésie)

Le village se trouve au cœur du parc national de Gunung Leuser. Je ne le savais pas, mais l’orang-outan est originaire de Malaisie et d’Indonésie. D’ailleurs, « orang-outan » signifie « homme de la forêt » en Bahasa Indonesia (la langue officielle du pays, très proche du Bahasa melayu, le malaisien). Il ne reste des orangs-outans qu’en Indonésie (à Sumatra et à Kalimantan, c’est-à-dire Borneo).
Dans les années 60, ils ont été victimes de la déforestation massive (qui persiste aujourd’hui) et sont devenus un phénomène de mode chez les riches Malais et Indonésiens qui les achetaient aux braconniers pour en faire des animaux de compagnie.
C’est pourquoi le WWF a crée à Bukit Lawang, en 1973, un centre de réhabilitation pour les orangs-outans. Les animaux recueillis restent là plusieurs années, le temps de réapprendre à se nourrir seuls, puis à vivre à l’état sauvage. Il y a environ 4000 orangs-outans dans cette réserve.

Femelle orang-outan enceinte et sont petit (Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie)

Si l’on vient à Bukit Lawang, c’est donc pour découvrir la jungle et les orangs-outans qui vivent à l’état sauvage et semi-sauvage. Je suis donc partie pour un trek de 3 jours et 2 nuits, avec un super guide, un groupe de 5 Américains, une Anglaise et une Polonaise : Kasia (prononcez Kasha). Le trek était assez fatigant (nombreuses montées et descentes pour le moins abruptes), et parfois très technique : il fallait s’agripper aux racines et aux nombreuses lianes pour pouvoir se hisser, et bien sûr en pleine forêt tropicale, les sentiers sont souvent ultra glissants : dérapages et glissades garantis. Et quelle chaleur humide ! Je crois que je n’ai jamais autant sué. Pendant tout le trek, on perlait tous comme des malades, même au repos. Suer sur le dessus des bras ou les tibias par exemple est une chose que je ne croyais pas possible. Eh bien si !

Mais malgré l’effort parfois intense et la chaleur, le trek était tout simplement magnifique. La jungle est superbe, on rencontre des animaux partout, qui se promènent sur les chemins, ou sont pendus aux arbres, la tête en bas. Femelles orangs-outans avec leurs bébés, macaques, gibbons, « Thomas leaf monkeys » (je ne connais pas leur nom en français, mais ils le tiennent du nom de l’explorateur qui les a découverts, et du fait qu’ils se nourrissent de feuilles, « leaf » en anglais). Varans, immenses papillons aux superbes couleurs… Et les sangsues bien sûr, mais cette fois, elles m’ont épargnée. C’est hallucinant de croiser tout ce beau monde sur son passage, alors qu’on ne s’y attend pas.

Bébé orang-outan dans la jungle de Bukit Lawang (Sumatra, Indonésie)Orang-outan signifie « homme de la forêt » en Bahasa Indonesia (la langue officielle du pays) (Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie)Thomas leaf monkey (Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie)Un gibbon, attendant pour nous arracher notre déjeuner (Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie)Un varan, juste à côté de notre camp (Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie)

Il vaut mieux éviter de toucher les singes, on ne sait pas quelle peut être leur réaction, mais en tout cas ils s’approchent tous assez facilement de l’homme. Certains singes sont bien sur attirés par la nourriture, si bien que nous avons parfois dû manger sur le pouce car les gibbons insistaient vraiment pour nous voler nos vivres. Et malheureusement pour les chasser, le guide leur donnait quelques fruits. Il ne faut pas nourrir les animaux en liberté, mais les Indonésiens – même s’ils en sont conscients – le font quand même. Et pourtant ils l’aiment leur jungle, et ils y sont d’autant plus attachés que la déforestation entamée il y a plusieurs dizaines d’années ne cesse de la détruire, au profit de plantations de palmiers et d’hévéas (qui permettent le développement du commerce de l’huile de palme et du caoutchouc). L’Indonésie est en outre le premier producteur mondial de contreplaqué, ce qui explique aussi la déforestation.

Thomas (notre guide), connaît la jungle comme sa poche, la faune aussi bien que la flore. Il est guide depuis 14 ans. Il a su nous la faire découvrir avec passion, c’est un type adorable, doté d’un grand sens de l’humour. Thomas essaie de vivre de son métier pour nourrir sa famille, et même s’il s’en sort plutôt bien (c’est l’un des guides les plus réputés de Bukit Lawang), la vie n’est pas toujours facile depuis l’inondation. Il est obligé d’aller à Medan (via la route pourrie que j’ai empruntée) tous les deux jours pour ramener des clients. Il part le matin à 5 heures et revient en fin de journée, pas toujours heureux. Moi je l’ai rencontré dans le bus, un peu avant d’arriver à Bukit Lawang. Comme la majorité des Indonésiens, il m’a accostée, mais d’une manière très douce et avec beaucoup d’humour. Au début j’ai un peu douté, car on ne sait jamais sur qui on tombe, mais il m’a ensuite accompagnée jusqu’à ma guesthouse (en portant mon sac) et il a su me convaincre, en me montrant son album photos et son livre d’or. Parfois, il faut savoir faire confiance, sinon on peut passer à côté de pas mal de choses. Et mon intuition a été bonne, Thomas a trouvé sept autres personnes et on est tous partis ensemble, le sourire aux lèvres.

Thomas est d’origine Batak (une des nombreuses minorités d’Indonésie) ; il est par conséquent chrétien et porte un nom chrétien. Pour rappel l’Indonésie est un pays majoritairement musulman.

Thomas était accompagné de deux autres guides pour nous encadrer, et le soir venu, nous retrouvions deux accompagnateurs supplémentaires, chargés de dresser le camp et de cuisiner.

Notre guide Thomas, et son acolyte chef cuisto en « cuisine », pour la préparation du dîner au premier campement (Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie)

C’est époustouflant de voir leur organisation, et tout ce qu’ils peuvent porter dans leurs sacs. Pendant la marche, on faisait régulièrement des pauses, après les montées difficiles, et là c’était distribution de bananes, fruits de la passion, ananas. Pour les repas, riz sauté et œufs le midi – à manger avec les mains – ou soupe de nouilles, et une quantité impressionnante de plats divers le soir (poissons frais grillés au barbecue, curry de légumes, poulet, riz, etc. le tout à profusion). Et je ne vous parle pas des pancakes au petit déjeuner.

Poissons au barbecue sur fond de sitting américain dans la rivière (Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie)Le cuisinier en train de nous préparer des pancakes pour le petit déj (Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie)

Nous Occidentaux, on aurait embarqué du pain pour faire des sandwiches et éventuellement des salades dans un Tupperware. Mais eux, ils improvisent une vraie cuisine en pleine jungle, avec cuisson au wok sur feu de bois. Pour l’eau c’est très simple : chacun part avec une bouteille d’eau minérale d’1,5 litres, et pour la suite, on prend l’eau dans la rivière et on la fait bouillir.
Pour le campement, la structure de la tente (en bois) est déjà sur place, les accompagnateurs viennent juste y fixer plusieurs bâches en plastique épais, et apportent les matelas de camping et les couvertures pour ceux qui n’ont ni sac de couchage ni sac à viande.

Réfugiés sous la tente pendant un orage (Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie)

Le premier soir, on a campé à côté d’une cascade : quelle joie de débarquer au camp en fin d’après-midi et de se baigner dans l’eau fraîche, après toutes ces suées. Et le deuxième soir, on a dormi au bord de la rivière.

Fin de journée au bord de la rivière (Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie)A gauche la cuisine, à droite la salle à manger ! (Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie)

Chaque soir, nos adorables guides nous ont fait participé à toutes sortes de jeux, souvent très drôles, et puis on a chanté, et beaucoup ri, assis en rond sur nos matelas de camping. Pour la deuxième soirée, Kasia (la Polonaise) a décidé de nous apprendre un jeu : Mafia. Au bout de quelques minutes d’explication des règles, j’ai vite compris que Mafia était la version polonaise du Loup-Garou ! Sauf qu’il y a moins de personnages et qu’on y joue avec un traditionnel jeu de cartes. C’était super de jouer a ça au beau milieu de la jungle, et en anglais. Les Indonésiens ont adoré, ils ne voulaient plus s’arrêter de jouer. Je trouve génial cet échange de culture ; une bonne dose d’humanité, toute simple et sincère, dans un décor naturel magique.

Au milieu de troisième  jour, le retour au village s’est fait en rafting sur des chambres à air : quatre grosses chambres à air munies d’un filet en leur centre, sont attachées ensemble, et sur le filet, les matelas de camping pour éviter de se râper les fesses sur les éventuels rochers. Deux personnes par chambre à air, un guide à l’avant et un à l’arrière de l’embarcation, qui pilotent avec un grand bâton. C’est tout simple, mais c’est très marrant, et surtout reposant et rafraichissant après toute cette marche.

Le groupe du trek au grand complet, juste avant la descente en chambres à air (Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie)

Jusqu’ici, Bukit Lawang est l’un des plus beaux moments de mon voyage : pour le trek en lui-même évidemment, mais aussi pour la chaleur et le sourire des ses habitants. On a presque envie de leur dire qu’on les aime.

L’étape suivante est Brastagi, où Kasia a choisi de m’accompagner.
La suite au prochain épisode.

Continuez de m’écrire ! Terima kasih (prononcez « trima kassi ») : « merci » en indonésien.

PS : pour répondre aux interrogations diverses : oui j’ai fait une procuration pour les élections, je suis une bonne citoyenne. Ceci dit, je flippe carrément pour le résultat du deuxième tour…

PS2 : toujours pas de photos, la connexion est vraiment trop lente… Il va falloir attendre encore un peu !

Carte


 

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Il y a 7 commentaires »

  • Steff dit :

    Salut Tchoupi,

    YEEEEEEEEESSSSSSSSSSS enfin des news, et quelles news !!! Tu racontes vraiment bien. Peut-être que tu pourrais envisager de travailler pour le routard ou le lonely planet, je suis sure qu’ils t’engageraient volontiers.

    Je suis contente que tu te sois réconciliée avec l’Indonésie et vu ce que tu racontes, tu as du en prendre plein les yeux. Ca a l’air vraiment superbe et je vois que ma soeur est devenue une vraie sportive avec treck hyper dur et très technique. Bravo.

    J’attends de voir tes photos qui doivent être magnifiques, après l’écrit, les images vont encore plus donner envie de s’évader dans ce lieu magique où tu te trouves. En tout cas, ça fait plaisir de te lire et de savoir que tu vas mieux et que ton trip se poursuit dans de bonnes conditions. C’est rassurant !!!

    A part ça je ne sais pas si tu as reçu mes mails, peut-être ne peux tu pas y répondre du fait de la lenteur des connexions. Je t’ai envoyé qq photos, j’espère que ça t’aura fait plaisir de voir des têtes familières même si tu es à des milliers de km.

    J’espère que la suite du voyage sera aussi enrichissante que ton expérience in the jungle et que tu feras encore de très belles rencontres.

    TERIMA KASIH pour ton blog.

    Take care.

    Je te fais plein de gros gros bisous

    Steff

  • Amina dit :

    Salut,

    Enfin tu es de retour, j’ai failli appeler JF pour savoir s’il partageait mon inquiétude mais je me suis raisonnée et finalement je ne l’ai pas fait. Sacré chouette aventure que tu viens de vivre. Ouf!! On a presque l’impression de regarder un documentaire. C’est vrai que cela semble presque irréel. Tu vois c’est comme si tu racontais un rêve. Ouais Steff a raison, ta narration est entrainante, avec cette impression de vivre l’événement en même temps. C’est bluffant. On en redemande.

    Je t’embrasse

    Amina

  • Ludovic Soler dit :

    Hello,
    Je lis ton journal de bord depuis ton départ et je suis avec attention ton périple. Tu as l’air d’avancer avec une grande ouverture d’esprit, je te reconnais bien là et c’est une grande chance pour ceux qui te rencontrent au cours de ton voyage.
    Je suis chaque fois rassuré que tu ailles bien, c’est un peu comme un feuilleton ! Et c’est l’occasion de replonger dans cette Asie que j’aime tant.
    Demain, le deuxième tour de scutin, ne t’inquiète pas, la vie continuera quoiqu’il arrive, comme toujours.
    Notre aventure Costaricienne n’est pas fini, car Laurence va rencontrer à Cannes, par le plus pur des hasards du métier, le directeur de la réserve Africaine que nous avions visité.
    Il cherche des gens passionnés comme lui pour l’aider.
    Et moi, mon futur proche est en train d’exploser, je t’en dirai plus une autre fois.
    Continue à nous faire rêver et surtout à nous apprendre plein de choses, et surtout porte-toi bien, bises.
    Guitaristiquement, LUDOVIC.

  • Murielle dit :

    Salut ma Marion,

    Ca y est, j’ai enfin réussi à aller sur ton blog (j’ai la DSL depuis quelques jours et Eléonore dort depuis une heure!).

    Quelle aventure de nouveau! C’est phantastique et émouvant à la fois de lire les épisodes de ton voyage. J’ai du mal à t’imaginer au bout du monde et pourtant ce n’est pas un roman, c’est la réalité.

    Je pense bien à toi et te souhaite le meilleur pour les 2,5 dernières semaines de ton voyage.

    Au fait, Eléonore a déjà mis la robe bleu / violette, les petits hauts et le pantalon que tu lui as offerts. Magnifique! Elle se réveille…

    Bisous,

    Deine Murielle

  • Coucou Pour info, le jeu « Mafia » existe aussi en France. C’est Olivier (tu sais, les 3 garçons qui sont partis en TDM) qui nous l’a fait connaitre avant le Loup-Garou. D’ailleurs, en ce moment, ils sont au Japon. Ah, j’aimerais bien être à votre place !!! J’adore l’Indonésie où en plus la langue est facile à apprendre ce qui permet de communiquer. Combien de mots as-tu appris ? A ton retour, tu auras droit à un examen de langue !!!! Bisous Estelle et Lionel

  • amandine dit :

    Bonjour, cela a l’air super mais pourrais-tu donner les coordonnées du guide a bukit lawang ou agence afin que l’on puisse réserver à l’avance? On aimerait aussi faire un trek de 3 jours dans ce style pour voir les orang outans et dormir dans la fôret. Aussi, faut-il prévoir une nuit la veille dans un lodge avant le départ mais au retour on peut repartir direct à Médan une après-midi pour reprendre un vol pour bali? Merci d’avance. Amandine

    • Marion Bazin dit :

      Bonjour Amandine, désolée d’avoir tardé à te répondre, j’étais en Indonésie dans un endroit sans connexion Internet. Je viens de rentrer en France. Pour les coordonnées du guide, je les ai quelque part dans mes notes mais il faut que je les retrouve, ça fait 5 ans ! Je te tiens au courant d’ici quelques jours (le temps d’atterrir un peu).

      Je crois (mais c’est un peu vague) que le retour de trek se fait en fin de matinée, donc c’est sans doute possible de repartir sur Medan dans la foulée. Cela dit tu auras peut-être envie de prendre un douche après 3 jours dans la jungle !

      A très bientôt :o

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