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Accueil » Retour à Borneo (Indonésie) • 2010

Première journée dans le Parc National de Tanjung Puting

13 novembre 2010 1 commentaire

Récit

La compagnie Trigana Air fait la liaison en une heure entre Surabaya (Java) et Pangkalanbun, une petite ville de Kalimantan Centre. Kalimantan est organisée en provinces (un peu comme nos régions) régies en partie de façon indépendante. Nous avons exploré trois de ces quatre provinces : Kalimantan Centre, Kalimantan Sud et Kalimantan Est. Reste Kalimantan Ouest que nous visiterons peut-être une autre fois, si l’occasion se présente.

Yusuf, une très belle rencontre

Arrivés à l’aéroport de Pangkalanbun, Yusuf nous attend avec sa pancarte et un sourire à se dévisser la mâchoire. Un vrai rayon de soleil ce garçon ! On lui dit bonjour en indonésien et, très étonné, il enchaîne « Oh, you speak our bahasa?! ». « Sedikit sedikit » réponds-je (« un petit peu »). Évidemment dans cette région touristique, Yusuf parle anglais, mais il n’a pas l’habitude de tomber sur des clients qui causent un peu sa langue.
La bonne humeur qui émane de Yusuf est extraordinaire. Ses dents de la chance sont d’ailleurs presque une évidence : ce type respire la bonté et la joie de vivre, il y a quelque chose de positif dans tout ce qu’il dit ou fait. Et en plus, il est drôle. Pendant trois jours il nous fera sans arrêt des petites blagues, des notes d’humour. Ajoutons à cela une très bonne connaissance de la région, des orangs-outans et des camps de réhabilitation, et un talent particulier pour la grimpette aux arbres : on a l’impression d’être tombés sur le meilleur guide de la région !

Yusuf, notre super guide (Parc National de Tanjung Puting, Kalimantan Centre, Indonésie)

Avant de monter en voiture, Yusuf nous conduit au comptoir Kalstar, la compagnie qui va nous permettre de rallier Banjarmasin depuis Pangkalanbun, après notre visite de Tanjung Puting. 759 000 Rp (65€) chacun pour un trajet d’environ une heure réservé trois jours à l’avance, c’est un peu cher par rapport aux prix habituels, c’est le problème de prendre son billet à la dernière minute.

Départ en voiture pour la petite ville de Kumai où se trouve l’embarcadère des klotoks. Yusuf nous raconte qu’il a d’abord pris Jean-François pour un touriste australien rescapé du tsunami du mois d’octobre 2010, qui était passé à la télé. La même tête et le même look apparemment ! Lorsqu’on lui a dit à l’aéroport qu’on était français, il a compris qu’il faisait fausse route. C’est aussi à ce moment-là qu’il nous avoue avoir été agréablement surpris qu’on « parle » le Bahasa Indonesia (la langue officielle du pays). Hé bien ça fait plaisir d’entendre ça, car on se donne vraiment du mal pour baragouiner quelques phrases !

Curieux, Yusuf nous demande comment on a appris, et nous propose d’être notre professeur pendant trois jours : la pratique, c’est essentiel ! Lui est totalement autodidacte pour l’anglais. Comme beaucoup de travailleurs du secteur touristique en Asie du sud-est, il a appris sur le tas, au contact des clients, lorsqu’il n’était que conducteur de bateau. Chaque jour, il se fixait l’objectif de retenir cinq mots, pas plus. Mais ces cinq mots-là, il ne les oubliait jamais. Puis il a appris comment construire des phrases, en écoutant, et aujourd’hui il parle très bien, même si bien sûr, on sent souvent les traductions littérales.

Installation sur le klotok

En une petite demi-heure de route, on arrive à Kumai, petite ville sur le bord du fleuve du même nom, où notre klotok nous attend. Le klotok est donc un bateau en bois sur deux étages. J’imagine qu’il existe des aménagements différents, mais le nôtre était organisé comme ceci : le bas du bateau réservé à l’équipage (capitaine, cuisinière et guide), le pont supérieur réservé au client. Et le mandi (espace toilette) à partager, bien sûr. Sur notre pont, un espace détente sous auvent avec deux matelas de chaque côté ornés de coussins. Un espace terrasse à l’avant du bateau, pour regarder les animaux et profiter des paysages.

Installation sur notre klotok (Kumai, Kalimantan Centre, Indonésie)

Une salle à manger à l’arrière, qu’on n’a utilisée que pour les petits-déjeuners « à quai », à l’ombre des arbres. Puis le mandi, situé au pont inférieur, accessible par l’arrière de notre pont. La nuit, les matelas sont rapprochés, habillés de draps et placés sous une moustiquaire : c’est notre chambre ! Si on le souhaite ou s’il pleut beaucoup, on peut abaisser les bâches qui se situent tout autour du auvent ; on se retrouve alors dans une pièce quasiment fermée.

Yusuf nous présente l’équipage : Niah la cuisinière et Bedol le boatman. Ils nous disent bonjour timidement (ils ne parlent pas anglais). Ils seront d’ailleurs très discrets pendant toute la croisière.

La vie au fil de l’eau

Le klotok parcourt quelques kilomètres sur le fleuve Kumai (qui est d’ailleurs un fleuve d’eau salée). Un instant plus tard, nous pénétrons dans le Parc National de Tanjung Puting, en s’engageant sur la rivière Sekonyer, plus étroite, bordée de palmiers nipa.

Eau café-au-lait de la rivière Sekonyer (Parc National de Tanjung Puting, Kalimantan Centre, Indonésie)

Pendant les 2h30 qui nous séparent du premier camp de réhabilitation, nous découvrons les rives de Sekonyer : une beauté sauvage hallucinante, qui me rappelle d’ailleurs beaucoup celle du fleuve Mahakam l’an dernier (voir l’article Excursion sur le fleuve Mahakam). Je suis à nouveau gagnée par cette sensation d’entrer dans le bout du monde, d’accéder à quelque chose d’unique. La grandeur et la beauté de cet endroit sont saisissantes, sans parler du mystère qui entoure les rives. Qu’y a-t-il derrière ces palmiers ? On entend beaucoup de bruits, ceux des oiseaux, des gibbons, des orangs-outans, et autres animaux en tous genres. On sait bien que la jungle est là, toute proche. On sait aussi qu’on va dormir là, sur le bateau, à l’orée de la jungle, c’est très excitant.
On aperçoit beaucoup de calaos, ces oiseaux bicornes très colorés, des martins pêcheurs, des aigles, des macaques, des nasiques (les impressionnants singes au long nez), et déjà quelques orangs-outans.

Calao (Parc National de Tanjung Puting, Kalimantan Centre, Indonésie)Aigle (Parc National de Tanjung Puting, Kalimantan Centre, Indonésie)Nasique (Parc National de Tanjung Puting, Kalimantan Centre, Indonésie)

Toute cette nature, ce sauvage d’un seul coup, ça fait un bien fou. Il y a deux jours on était à Bangkok, on est forcément déconnectés en un clin d’œil !

Assis à l’avant du bateau, on écoute Yusuf nous raconter Tanjung Puting. Il en connaît un rayon. L’histoire du parc, la création des centres de réhabilitation par le Professeur Galdikas dans les années 70, le danger que représentent la déforestation et le braconnage pour les orangs-outans et la faune en général. Il nous raconte aussi un peu sa vie : comment il a successivement travaillé comme crieur de mosquée, puis coupeur d’arbres dans l’abattage illégal, boatman, puis guide. Il explique son parcours avec beaucoup de détachement et sans scrupule, même s’il a tout à fait conscience que lorsqu’il abattait des arbres, il détruisait l’habitat des orangs-outans qu’il contribue aujourd’hui à protéger en étant guide pour le parc national (voir cet article de la Ligue Française de Protection des Orangs-outans). Il sait tout ça, mais il fallait travailler, voilà. J’ai beaucoup aimé cette façon de dire les choses, en étant conscient du mal, mais sans chercher à se justifier. Ça fait partie de son parcours, il a fallu passer par là, c’est tout. Et toujours beaucoup d’humour et de sourire dans ses récits ; on accroche vraiment bien avec lui. Le souhait d’Isy est exhaussé : on se sent à l’aise ici. Il y a la nature oui, mais il y a aussi Yusuf, et je mentirais si je disais qu’il n’est pour rien dans l’immense bonheur qu’on a ressenti là-bas.

On déjeune à bord, Niah est un vrai cordon-bleu. Les repas sont copieux, goûteux et variés (riz, légumes, poulet, poisson, fruits en tous genres…).

Un de nos délicieux repas, préparés par notre cuisinière Niah (Fleuve Kumai, Kalimantan Centre, Indonésie)

Le camp Tanjung Harapan : première rencontre avec nos cousins roux

Arrivée au camp Tanjung Harapan (= pays de l’espoir) un peu avant 15h. C’est bientôt l’heure du repas pour les orangs-outans. Environ vingt minutes de marche dans la jungle, la chaleur est humide et étouffante, les moustiques se jettent sur nous à notre arrivée à la plateforme d’alimentation. C’est aussi l’heure du repas pour eux on dirait ! Ils finissent par nous laisser tranquilles une fois qu’on a mis du répulsif.

Jean-François est impressionné, c’est la première fois qu’il voit des orangs-outans. Même si ceux-là sont semi-sauvages, c’est une chance inouïe de pouvoir les rencontrer. Moi ça me rappelle mon trek dans la jungle de Sumatra il y a presque quatre ans, à Bukit Lawang (voir l’article Bukit Lawang, ou ma réconciliation avec l’Indonésie). J’y avais aussi croisé des orangs-outans sauvages et semi-sauvages. Je me souviens avoir été très émue. Mais je n’en avais pas vu autant !
Cette fois aussi, le charme opère. Ces animaux sont tellement proches de nous. On les appelle « nos cousins roux », car ils ont le poil un peu roux (quoique ceux de Borneo l’aient moins que ceux de Sumatra) et nous partageons 97% de notre ADN avec eux. C’est dire à quel point nous leur ressemblons. Et leurs attitudes sont très souvent drôles car on a l’impression qu’ils nous imitent.

Les premiers sur place sont une femelle (Cica) et son bébé Cina. Le bébé s’accroche à sa maman de façon naturellement très acrobatique ; un coup par le bras, un coup par la jambe. Quelle souplesse et quelle agilité !

Cica et son bébé Cina au camp Tanjung Harapan. Les petits portent toujours un nom qui commence par la même lettre que celui de leur mère (Parc National de Tanjung Puting, Kalimantan Centre, Indonésie)

Un peu plus tard Yani, un gros mâle, fait son entrée. C’est impressionnant comme il s’empiffre ! Il s’en met plein la bouche sans avaler tout de suite. Il forme ainsi une sorte de pâte de banane compacte qu’il malaxe ensuite entre ses gencives et ses lèvres. Parfois même, il recrache ce gros morceau et le mange comme une pomme, par petits bouts. Le mâle est très imposant, surtout lorsqu’il se tient debout. J’en avais vu un seul à Sumatra, il m’avait aussi impressionnée par sa masse corporelle, la taille et la forme de ses joues (très différente de celle des femelles et des petits).

Yani (Parc National de Tanjung Puting, Kalimantan Centre, Indonésie)

Yusuf nous explique que lorsqu’un un mâle dominant se trouve sur la plateforme d’alimentation, aucun autre mâle n’y est accepté. Les femelles y sont tolérées, à la limite. Pendant presque toute la durée du repas, des petits écureuils et des écureuils géants très colorés s’amusent à sauter entre les arbres et la plateforme pour aller piquer des bananes. Même en présence de Yani, ils osent s’y aventurer. De toutes façons leur rapidité et leur agilité seront forcément plus fortes que la lourdeur d’un Yani en train de manger. Mais quand même, il faut oser ! Il y a d’ailleurs un petit air espiègle chez eux. Ils sautent depuis l’arbre, courent par saccade sur la plateforme, attrapent une banane en une fraction de seconde, puis courent dans l’autre sens et font un saut de l’ange vers l’arbre. Là, ils s’accrochent à l’écorce par les pattes arrière, tête vers le bas, et dégustent tranquillement leur banane. C’est très drôle.

Chipeur de bananes (Parc National de Tanjung Puting, Kalimantan Centre, Indonésie)

On reste environ une heure, ébahis par le spectacle, et écoutant Yusuf nous parler des orangs-outans. Deux autres couples et leurs guides sont présents, c’est bien, on n’est pas trop nombreux.

Puis retour sur le klotok, pour un délicieux goûter à base de bananes frites.

Délicieuses bananes frites au goûter (Parc National de Tanjung Puting, Kalimantan Centre, Indonésie)

On navigue encore un petit moment sur la rivière dans la lumière de fin de journée.

La rivière Sekonyer en fin de journée (Parc National de Tanjung Puting, Kalimantan Centre, Indonésie)

Les bruits de la jungle sont plus intenses à cette heure-là. On aperçoit encore beaucoup d’oiseaux et des familles de nasiques dans le soleil couchant, c’est très beau.

Nasiques au soleil couchant (Parc National de Tanjung Puting, Kalimantan Centre, Indonésie)

On finit par se poser à l’endroit où l’on va passer la nuit. Le dîner est encore très copieux. Ce soir-là pas de douche, malgré le mélange de crème solaire / répulsif anti-moustique / transpiration qui nous colle à la peau. À cet endroit, l’eau de la rivière n’est pas assez saine pour remplir le réservoir du mandi. Tant pis, aujourd’hui le plus important c’est ce qu’on sent en nous, pas ce qu’on sent tout court !

Je suis exténuée, à 19h, l’équipage installe notre chambre sur le pont du bateau : les deux matelas qui nous servent d’assise la journée sont rapprochés et habillés d’un grand drap-housse, une moustiquaire est installée, on nous fournit à chacun une couverture et un oreiller. L’équipage dort à l’intérieur du bateau, comme nous sur des matelas à même le sol.

Extinction des feux à 19h30. On est dans la jungle, il fait nuit noire, l’ambiance sonore est assez impressionnante (oiseaux, singes, cigales…). Il fait encore très chaud à cette heure-là.
Pour être sûre de passer une nuit calme, je mets mes bouchons d’oreilles et mon masque sur les yeux. Je me réveille à plusieurs reprises, d’abord pour m’entourer de la couverture (au bout de quelques heures, l’air devient plus frais), et puis peut-être parce que le matelas n’est pas très épais. Mais globalement, je passe une bonne nuit, Jean-François aussi, et on se réveille vers 5h30 du matin, avec le cri des gibbons…

⊕ Infos pratiques

» Vol Surabaya (Java) -> Pangkalanbun (Kalimantan Centre)
Durée : 1 heure
Prix : 750 000 Rp / personne, avec Trigana Air

» Croisière de 3 jours en klotok chez les orangs-outans de Tanjung Puting
4,9 millions de Rp
Organisateur : Isy Iskandar
☎ +62 812 112 1555 (portable)
isy_iskandar@yahoo.com (mis à jour en avril 2014)
www.borneotour.org
Guide : Yusuf
☎ +62 813 5295 8883 (portable) – Travaille en freelance, souvent pour Isy

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