Kakaban et les gentilles méduses
Récit
En fin de matinée, nous faisons escale sur Kakaban, pour une séance de snorkeling peu ordinaire dans le lac situé au centre de l’île. A l’origine, le lac était un lagon entouré d’un atoll corallien, ouvert sur l’océan. Mais l’atoll a été soulevé par un processus géologique il y a deux millions d’années, enfermant le lac et ses occupants. Le lac se situe un peu au-dessus du niveau de la mer, il mesure 5 km², et c’est aujourd’hui un mélange d’eau salée et d’eau de pluie. Coraux, crustacés, anémones, concombres de mer, nudibranches et des milliers de méduses habitent ces eaux, et se sont adaptés à ce nouvel écosystème. « Privées » de leurs prédateurs (des vertébrés comme la tortue, le poisson-lune ou le thon), les méduses ont, au fil du temps, perdu leur système naturel de défense : elles ne piquent plus.
Nous allons donc pouvoir nager à leurs côtés sans risque. L’idée est intrigante et un peu flippante aussi ! Nous arrivons à marée basse, le speedboat nous dépose au large d’un long ponton, et nous devons marcher sur les coraux pour l’atteindre.

Une fois sur l’île, le ponton poursuit son chemin à travers la jungle, et nous conduit jusqu’au lac. La jungle est dense et vivante, on entend le bruit des oiseaux et des singes : une ambiance sonore assez enveloppante. Sur le chemin, je remercie en silence les autorités qui ont décidé de construire ce ponton. J’avais vu des photos sur Internet, datant d’il y a quelques années, où le ponton n’existait pas ; les plongeurs étaient obligés de traverser la jungle boueuse, sans chaussures adaptées, pour atteindre le lac. Alors que nous marchons tranquillement dans nos bottillons de plongées sur le ponton aménagé d’escaliers montants et descendants. A l’aise Blaise !
Au moment de me mettre à l’eau, j’ai quand même une légère appréhension. Assise sur le ponton, Je vois les méduses grouiller sous mes palmes… Je sais bien qu’elles ne piquent pas, mais quand même, si jamais certaines avaient conservé leur pouvoir urticant ? Ou si ma présence les dérangeait au point de me mettre un petit coup de piquant dans le bras ? Je n’ai pas vraiment peur, mais je suis impressionnée. Autant de méduses d’un seul coup, c’est comme se jeter dans la gueule du loup !
Tant pis, la curiosité et l’excitation sont trop grandes : je me laisse glisser le long de la paroi en bois et plouf, me voilà parmi elles. Je mets la tête sous l’eau et bizarrement, je me sens naturellement à l’aise. Il y en a pourtant des dizaines, de toutes les tailles, qui gravitent autour de moi, se laissant entraîner par les flots. Et même si l’eau n’est pas très claire, je les distingue bien.
Me prend alors l’envie de les toucher, d‘abord du bout des doigts, pour vérifier si tout ça n’est pas une légende. Ce qui me frappe en premier, mis à part qu’elles ne piquent pas, c’est la douceur de leur « peau », on dirait de la soie ! C’est incroyable !
Il y a quatre types de méduses dans ce lac, mais je n’en ai aperçu que trois. D’abord, celles que j’appelle les fainéantes, tapies au fond du lac, sur le dos, au milieu des algues vertes. Elles sont plutôt grosses, marron, et ne bougent presque pas.
Ensuite il y a les nageuses, qui elles-mêmes sont réparties en plusieurs sortes : les marrons de tailles diverses, qui évoluent dans un mouvement lent et gracieux, en ouvrant puis refermant leur ombrelle. C’est la contraction des muscles de l’ombrelle qui propulse la méduse ; on dirait un cœur qui bat !
Autres nageuses : les fines transparentes, de taille moyenne, sans manubrium (axe vertical), qui semblent se laisser légèrement porter par le clapotis du lac.
Nous restons là une heure, à gazouiller dans l’eau du lac, et à jouer avec nos nouvelles amies. Le paysage est magnifique. Kakaban est entièrement sauvage, et lorsqu’on regarde l’immense lac, la mangrove et la jungle qui l’entourent, on ressent un je ne sais quoi d’impénétrable. Mais ce côté mystérieux provoque aussi un sentiment de sérénité en moi. Quelque chose lié à la grandeur de la nature, à sa force.
Il n’existe que deux endroits au monde où l’on trouve des méduses non urticantes. Sur l’île de Palau en Micronésie (au sud-est des Philippines), et ici. J’ai la chance de pouvoir être là, témoin de cette magie (sur)naturelle.
De retour au bateau, c’est l’heure du déjeuner. Nous dégustons le contenu des délicieuses « lunchbox » préparées par Rida-ah (la propriétaire du losmen Danakan) tandis que le bateau nous emmène vers notre prochain spot de plongée : Manta Run. C’est là que, pour la première fois, nous allons rencontrer des raies manta… Un de nos plus grands rêves de plongeurs…
⊕ Infos pratiques
- La plongée : 250 000 Rp (≈ 20€), négociés à 200 000 Rp (≈ 16€) car nous possédons détendeurs, combinaisons et bottillons
- Speedboat Maratua : 1h, 900 000 Rp (≈ 73€)
- Speedboat Kakaban + Sangalaki : 900 000 Rp (≈ 73€)
- Speedboat Sangalaki seule : 30-45 mn, 700 000 Rp (≈ 57€)
- Speedboat Kakaban seule : 1h, 800 000 Rp (≈ 65€)
/!\ 3 plongeurs maximum sur le speedboat, 2 plongées maximum par jour et par plongeur.
Si vous êtes nombreux, possibilité de louer un slowboat (plus économique mais moteur TRÈS bruyant), pour 1 million de Rp (≈ 81€). Exemple d’itinéraire à la journée :
- Derawan -> Kakaban : 2h30
- Kakaban -> Sangalaki : 1h
- Sangalaki -> Derawan : 1h45














