Retour à Samarinda
Récit
Après une bonne demi-heure de trajet, le pickup s’arrête à une station service : voilà notre gare routière. Comme chaque jour depuis qu’on a mis les pieds à Kalimantan, nous sommes les seuls touristes. Ce qui nous vaut des regards curieux, des moqueries parfois, mais la plupart du temps des sourires radieux. A force de venir en Indonésie, je commence à piger le truc : on me regarde bizarrement, je réponds avec un large sourire. Ça marche à tous les coups. Parce que le regard bizarre ici, ce n’est pas celui du métro parisien. C’est juste un regard étonné par la différence. Deux blancs, blonds de surcroit, en ces régions reculées, ça n’arrive pas tous les jours visiblement. Le chauffeur d’un camion qui vient faire le plein nous approche avec son téléphone portable et nous réclame une photo. Mr Datu immortalise ce type fier comme tout de poser avec deux « bule » (prononcez « boulé », qui signifie « occidentaux »). En retour, on propose donc de le prendre en photo, lui et ses collègues du camion. Et ils posent tous fièrement.
Notre bus « full music » arrive : un truc rose fluo et bleu, avec des autocollants partout. Le chauffeur descend et vient directement nous voir : « What’s your name ? ». Et quand on commence à enchaîner en anglais, il répond timidement : « Saya tidak bisa bahasa Inggris » (je ne parle pas anglais). On se marre tous, on se serre la pince, et en voiture Simone.
Pour changer, on a droit à la totale : un bus qui crache une musique techno à fond les watts, des sièges ultra étroits, les freins qui crissent, les fumeurs de kreteks, des routes bien pourries avec des nids de poules grands comme des cratères : on a l’habitude ! Mais Mr Datu a pris soin de nous : en grimpant dans le bus, il nous annonce qu’il nous a réservé les places du devant : plus d’espace pour les jambes. Adorable Mr Datu ! Sauf qu’être devant c’est aussi avoir la place du mort, et voir la route nous arriver en pleine face, comme si on était au cinéma ou dans Gran Turismo. Mais le chauffeur aujourd’hui n’est pas un chauffard, il maîtrise bien son truc et même si on est pas mal secoués, le trajet se passe sans encombre.
Cinq heures plus tard, nous voici de retour à Samarinda. Mr Datu nous propose de déjeuner dans un petit warung, puis de nous emmener visiter la plus grande mosquée d’Asie du Sud-Est (Samarinda Islamic Center), qu’on avait aperçue depuis le pont quelques jours plus tôt en arrivant en ville. Le bâtiment principal a été construit en 2004, mais des extensions sont prévues : magasins, habitations, hôpital, écoles… Un vrai centre de vie au bord du Mahakam. La taille de cette mosquée est effectivement impressionnante : deux étages (respectivement 10 000 et 800 m2 ), une mezzanine (5300 m2), un minaret de 99 mètres de haut (15 étages) et six tours (entre 57 et 70 mètres de haut).
On entre ici pieds nus bien sûr, mais curieusement, je n’ai pas besoin de me couvrir la tête. L’endroit est paisible, quelques jeunes traînent ça et là, des anciens discutent. Un groupe de lycéens nous accoste pour nous prendre en photo. Quand je les prends à mon tour en photo et leur montre le résultat, ils se marrent, et l’un d’eux me lance timidement : « Number phone? ». Trop marrant !
On trace enfin vers le marché du centre. On déambule dans les petites allées : fruits, légumes, œufs, épices, produits de beauté, les stands sont très colorés.
Mr Datu nous offre une glace. Il nous prévient : « It’s not icecream, it’s just ice »… On s’attend à recevoir un bout de glaçon, et finalement c’est une sorte de faux sorbet style Mister Freeze, sur un bâton. Le marchand en vend de toutes les couleurs, ça a l’air bien chimique, mais on ne refuse pas un cadeau. Goût très sucré, pas très naturel, mais au moins ça rafraîchit.
On passe ensuite au marché aux poissons et aux viandes. Quelle puanteur en arrivant. Mais quelle ambiance ! C’est un peu la criée, rien de surprenant, sauf que de nouveau, tout le monde nous regarde en souriant, comme si on était les premiers Occidentaux qu’ils voyaient. Très fiers de nous voir visiter leur marché, ils nous agrippent, nous interpellent, et nous demandent même des photos. Moment fort sympathique : je prends la pose avec un type qui fait deux têtes de moins que moi, et ça fait marrer tout le monde. Puis Jean-François se prête au jeu avec une jeune vendeuse de poulet qui refuse que son petit garçon soit sur la photo : faut pas déconner, une photo avec un « bule », ça ne se partage pas !
Notre séjour dans la région de Samarinda et du Mahakam se termine. Nous remercions Mr Datu pour ses excellents services. Après un petit dîner au restaurant Emma, quelques courses, et une pause internet (la dernière avant longtemps), on file se coucher. Demain on met le cap sur Derawan, une petite île au nord de Kalimantan Est (Kalimantan Timur ou « KalTim » pour les intimes).
⊕ Infos pratiques
» Excursion sur le fleuve Mahakam
Durée : un jour et demi
Prix : 2,9 millions de rupiahs pour deux personnes
Départ de Samarinda le matin en bus (3 heures de trajet)
Déjeuner dans un warung à Kota Bangun avant de prendre le bateau
Balade sur le fleuve et le lac sur un bateau à moteur tout l’après-midi
Nuit à Tanjung Isuy dans une « longhouse », anciennement maison Dayak
Retour à Samarinda le lendemain après-midi en bus (5 heures de trajet)
Guide : Mr Datu : +62 812 58 78 738 (portable)














