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Les rites funéraires de Tana Toraja

3 octobre 2008 5 commentaires

Récit

Tana Toraja (le pays Toraja) est une région montagneuse de Sulawesi Sud, où l’on pratique des cérémonies funéraires hors du commun, accompagnées de sacrifices d’animaux.

Un peu d’histoire

Avant le XXème siècle, les Torajas pratiquaient l’animisme. Avec l’arrivée des colons néerlandais, ils ont été contraints de se convertir au christianisme. Mais les traditions et les rites ancestraux subsistent, notamment pour tout ce qui touche la mort.

Les rites funéraires sont des moments forts dans la vie d’un village. La préparation peut durer de quelques semaines à quelques années, le temps que la famille rassemble l’argent nécessaire (notamment pour acheter les animaux à sacrifier). Pendant ce temps, le défunt « attend », embaumé, dans une pièce de la maison : on lui apporte régulièrement vivres et cigarettes. Les Torajas le considèrent comme un être vivant et malade, tant que les funérailles n’ont pas eu lieu. La cérémonie peut durer plusieurs jours et rassemble des dizaines voire des centaines de personnes : famille, amis, connaissances.

Les touristes sont également les bienvenus lors de ces cérémonies. Les Torajas considèrent qu’ils viennent, au même titre que les invités, rendre hommage aux défunts.

Nous voilà donc partis avec Jean-Pierre, les Allemands et notre guide, pour une journée « funérailles ». De Rantepao, nous prenons le bemo au « Bolu Terminal » qui nous mène dans le village qui fête ses morts aujourd’hui. Car en effet, il y a deux défuntes : une mère et sa fille, toutes deux déjà âgées.

Dans le bemo avec les Allemands pour aller assister à une cérémonie funéraire (Rantepao, Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

Le sacrifice des buffles

A la gare routière puis en arrivant sur les lieux, nous croisons de nombreux buffles. Ce sont eux qui vont être sacrifiés en l’honneur des défuntes. Chez les Torajas, le buffle n’est pas une bête de somme. On peut le croiser dans les rizières mais il n’y travaille pas. C’est un animal sacré, et c’est « sur son dos » que les âmes des défunts franchissent la porte de l’au-delà. Plus les buffles sacrifiés sont nombreux, plus haut l’âme du défunt s’élèvera. Le must, les buffles albinos : ils sont rares, coûtent plus cher et leur sacrifice permet à l’âme du défunt de s’élever encore plus haut, tout en apportant plus de chance à la famille.

Buffle albinos pour la cérémonie funéraire (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

Lorsque nous arrivons dans ce que j’appelle l’arène (lieu de la cérémonie, devant la maison de la famille concernée), trois buffles ont déjà été sacrifiés. « Pas plus mal » me dis-je, ça nous évitera d’assister à la boucherie ! Erreur : la boucherie, c’est maintenant qu’elle commence !

Arrivée à la cérémonie funéraire dans un village près de Rantepao : trois buffles viennent de se faire égorger (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

Après avoir été égorgés devant les invités, les buffles se voient enlever la peau puis sont entièrement dépecés et étripés dans l’arène. Le lendemain, chaque famille invitée en recevra un morceau pour le repas. Les cornes, quant à elles, seront conservées et fixées aux piliers de la maison familiale.

Funérailles : on enlève la peau des buffles avant de les dépecer (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

Nous nous installons un peu en retrait pour regarder le spectacle, tantôt intrigués, tantôt écœurés. Personnellement, si je fais abstraction de l’odeur, et des cris des cochons qui attendent leur tour, je trouve que ce n’est pas si horrible que ça. C’est vrai, il y a beaucoup de sang, et il faut avoir le cœur bien accroché. Mais l’esprit dans lequel est opérée la tradition se respecte. Les buffles ne sont pas maltraités. Bien au contraire si l’on pense à la condition des bêtes dans nos abattoirs. Et le fait que tout cela fasse partie d’un rite rend peut-être les choses plus fascinantes.

Funérailles : les buffles sacrifiés et le cortège des invités qui arrive (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

L’hommage des invités aux défuntes

Pendant que nos bouchers s’affairent à leur tâche, le défilé des invités commence. Les cercueils des défuntes se trouvent devant la maison familiale, à l’étage d’une petite structure en bois provisoire.

Le cercueil des défuntes (et leurs portraits) se trouvent en haut de cette petite terrasse provisoire placée devant la maison familiale (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

Au rez-de-chaussée, un maître de cérémonie commente au micro tout au long de la journée la procession des familles venues de telle ou telle partie de l’Indonésie, en détaillant ce qu’elles ont apporté en cadeau aux défuntes (buffles, cochons, ou autres). Chaque groupe d’invités va ensuite s’asseoir un moment sous le chapiteau principal, accueilli par une haie d’enfants en costume traditionnel, pour discuter avec la famille. Puis ils laissent la place aux autres invités.

Procession des invités apportant des cadeaux, commentée au micro par le maître de cérémonie (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)Les enfants choisis pour accueillir sous le chapiteau chaque famille lors de sa procession (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

Une ambiance loin d’être sinistre

Les funérailles ne sont pas un moment particulièrement triste. Le fils / petit-fils des défuntes avait bien les yeux brillants lorsqu’il nous a accueillis, mais l’ambiance n’est pas morose. Les gens sourient, il y a de la musique, des danses, c’est plutôt festif.

Chants et danses font aussi partie de la cérémonie funéraire (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

On nous a proposé de nous installer sur des espèces de paillotes en bambou, fabriquées pour les invités. Ils mangent et dorment ici, jusqu’à la fin de la cérémonie, au rythme des différentes processions.

Installés sur les paillotes temporaires en bambou, fabriquées pour les invités (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

On nous a offert le thé, des biscuits, des cigarettes, et l’un des fils / petit-fils des défuntes est venu s’asseoir avec nous un moment, pour parler. On en a profité pour lui remettre notre cadeau, car on ne vient pas les mains vides ici : deux cartouches de cigarettes (c’est très apprécié en Indonésie) qu’on avait achetées sur les conseils de notre guide.

A droite en noir, le fils et petit-fils des défuntes, venu nous saluer et nous remercier de notre présence. A gauche, sa tante, venue nous servir le thé et des pâtisseries (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

Difficile d’imaginer une telle chose en France. Nous sommes de parfaits inconnus, des étrangers, et plusieurs membres de la famille ont pris le temps de discuter avec nous, dans le plus grand des respects. Je trouve ça impressionnant.

Nous avons également pu déguster une boisson locale : le « Tuak » (alcool de palme) servi dans des troncs en bambou. Pas mauvais mais pas évident à boire sans s’en mettre partout !

Dégustation du Tuak (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

Le sacrifice des cochons

Il a lieu à l’extérieur de l’arène. Lars, Jean-François et moi nous échappons un moment pour aller voir comment ça se passe. Les cochons sont tués d’un coup de couteau dans le cœur, leur sang est ensuite récupéré dans un tronc de bambou, puis utilisé pour le repas servi aux invités. Heureusement, on a échappé à ça !

Sacrifice des cochons (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

C’est le sort des cochons qui est le plus difficile à vivre je crois. Ils passent des heures à attendent leur triste fin depuis le petit matin, couchés dans ou hors de l’arène, ligotés et coincés entre deux troncs de bambou, qui servent à leur transport. Ils savent ce qui va leur arriver, et passent la journée à hurler de stress. L’ambiance sonore est donc particulièrement éprouvante. Pauvres bêtes !

Après le sacrifice des buffles, les cochons sont placés là et hurlent de stress toute la journée, en attendent leur fin (Tana Toraja, Sulawesi Sud, Indonésie)

Carte


 

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Il y a 5 commentaires »

  • François PELLERIN dit :

    Bonjour,
    Je suis en train de lire avec intérêt votre carnet de voyages… Nous partons, ma femme et moi, pour deux mois ( 10 décembre / 10 février ) à Sulawesi via Bali. L’idée est de traverser peu à peu l’île du sud au nord pour finir par un séjour aux îles Tobian.
    Une première question pour l’instant : est-ce simple et possible de faire le voyage en bateau Denpasar / Macassar ?…

  • Justine dit :

    Bonjour !
    Je viens de tomber sur votre très beau blog ! Nous sommes mon copain et moi en train de voyager en Indonésie depuis 1 mois déjà, et nous venons d’arriver sur l’ile de Sulawesi. Nous aimerions faire un tour dans le pays Toraja et assister si l’occasion se présente à une cérémonie funéraire. Vous avez l’air d’avoir apprécié votre expérience. Avez-vous un guide à nous recommander, et un budget approximatif ?
    Merci beaucoup pour votre temps !
    Justine

    • Marion Bazin dit :

      Bonjour Justine,

      Merci de ta visite sur le blog.
      En effet je garde un très bon souvenir de cette expérience (même s’il faut avoir l’estomac bien accroché !).
      Malheureusement je ne me souviens pas du nom de mon guide, ni du budget. On avait partagé les frais avec un groupe d’Allemands, et je crois me souvenir que ce n’était pas excessif. Je te conseille donc de trouver d’autres personnes sur place, histoire de diviser la note. Cela dit ça fait déjà 5 ans, et je ne sais pas comment les prix ont évolué depuis.

      Ce qui est sûr, c’est que tu trouveras des guides partout. J’ai fait plusieurs voyages à Sulawesi depuis celui-là, et j’ai souvent rencontré des gens qui avaient trouvé un guide sans problème : c’est une des activités les plus pratiquées au pays Toraja !

      Je te souhaite un très beau voyage à Sulawesi.
      A bientôt :)

  • Morana dit :

    Bonjour, je suis passionné par l’Indonésie et je dois faire un exposé sur « Les rites funéraires », tout naturellement l’Indonésie m’est venue en tête. Seul problème, je ne trouve pas beaucoup d’informations. Je suis tombée sur votre site dernièrement et cela m’aide beaucoup mais pourquoi n’y a t-il pas de suite à ce rite ? La cérémonie s’arrête après l’abattement des cochons ou il y a une suite ? Parce que je ne la vois pas :/.
    J’espère avoir une réponse avant jeudi car je passe à l’oral ce même jour. En tout les cas merci d’avance !

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