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Accueil » Thaïlande, Laos, Cambodge • 2006

Phnom Penh et mon sentiment sur le Cambodge

16 mars 2006 3 commentaires

Récit


Je ne sais pas trop comment commencer cette brève, dans la mesure où je n’ai pas encore bien compris ce qui s’est passé entre le Cambodge et moi.
Si j’essaie de résumer, je dirais 3 choses :

- La première, je l’ai déjà mentionnée : le Cambodge est vraiment beaucoup plus speed que le Laos, on s’en prend plein la figure en arrivant, on se sent un peu harcelé. Rien de méchant, car les Cambodgiens sont quand même très gentils, mais tout va beaucoup trop vite, ça grouille, c’est sale, c’est le bazar, c’est plus agressif, plus rentre-dedans.

- Deuxième aspect : la misère au quotidien, et les centaines de handicapés, victimes des mines… Des enfants sans yeux, comme si on leur avait cousu les paupières, des unijambistes, d’autres sans bras, ou brûlés… Et moi les larmes aux yeux toutes les cinq minutes. Tant de gens qui mendient. Et moi qui ne sais pas quoi faire au milieu. Faut-il donner ? Faut-il leur donner à manger ? Est-ce que ces enfants atrophiés sont utilisés par des adultes pour faire de l’argent ? Y a-t-il un moyen alternatif de les aider ?
Passer par une ONG, aider avec ses mains et son cerveau, en tant que volontaire ? Évidemment l’idée du volontariat est présente dans ma tête depuis bien avant le voyage. Alors je me pose beaucoup de questions. On ne peut pas voir ça et rester insensible.
Mais avec le peu de jours que j’avais a passer au Cambodge, ce n’était pas vraiment faisable. Les ONG cherchent des gens sur le long terme…

- Troisième chose : je crois que je suis entrée au Cambodge à un moment de mon voyage où je n’étais peut-être pas assez disponible et réceptive. En arrivant au Laos, j’étais curieuse, heureuse de tout, j’avais la soif de partir à la découverte de ce pays. En arrivant au Cambodge, je crois que cette excitation n’était pas là.

Je n’avais plus la patate, plus l’envie de visiter, d’avoir un programme chaque jour. Je ne sais pas si c’est normal ou pas. Je pense que oui. Un routard a des périodes de ras-le-bol, il ne peut pas avoir tout le temps la motivation et la curiosité. Alors l’idéal bien sûr, c’est de voyager plus longtemps, pour que ces périodes de manque d’envie ne soient que de courts épisodes dans un parcours plus long. Mais je ne suis partie que pour deux mois, c’était mon choix au départ, et c’est comme ça.

Partir ne veut pas forcément dire découvrir un autre monde et d’autres gens. C’est en grande partie se découvrir soi-même, et parfois réaliser des choses pas évidentes à encaisser. Je ne rentre pas dans les détails ici, ce n’est pas le lieu. Je me souviens de la jolie phrase que m’a envoyée Jérôme Pouzet tout au début du voyage, elle est de Raymond Depardon (grand documentariste), a propos de l’un de ses derniers voyages : « Il me faut vivre cette quête qui est la mienne… Elle arrive à un moment, ni bon ni mauvais, elle est nécessaire… Pour être juste cette errance est forcement initiatique… Mon regard va changer… Cette quête devient la quête du moi acceptable ».
Merci Jérôme, si j’avais apprécié la citation à l’époque, elle prend toute sa dimension aujourd’hui.

Bref, j’ai vraiment vécu des jours pas cools, à être en colère contre moi-même de ne pas avoir plus envie que ça. Je me bottais les fesses, me questionnais sans arrêt, sans trouver de réponse. Je ne peux pas vraiment appeler ça un coup de blues. J’avais pas non plus envie de rentrer sur le champ, mais pour la première fois depuis le début je me suis dit que deux mois étaient suffisants.

Heureusement j’ai passé une super soirée avec Aline et Lucas (Lucas travaille avec Jean-François), qui sont en voyage pour neuf mois, et au Cambodge depuis deux mois, pour faire un documentaire. Ils sont également passés au Laos avant, et ont compris mon état d’esprit. C’était super d’échanger nos points de vue, et ils m’ont appris énormément de choses sur le Cambodge. Pour leur documentaire ils ont dû bouquiner à fond, donc ils en savent un paquet maintenant. Et puis ils connaissent aussi la vie de tous les jours là-bas. Ils m’ont par exemple beaucoup parlé de la corruption, du fric qui gouverne tout : policiers et médecins notamment sont à fond dans ce système.

J’ai ensuite retrouvé Brenton, un Australien rencontré au Laos, qui revenait du Vietnam avec un couple d’amis. Depuis je suis avec eux, et ça se passe beaucoup mieux.
On a visité l’ancienne prison S-21, où les prisonniers étaient enfermés et torturés par les Khmers Rouges entre 1975 et 1979. Avant d’être une prison, cet endroit était un lycée.

Ancienne prison S-21 où les Khmers rouges on torturé des milliers de personnes pendant 4 ans (Phnom Penh, Cambodge)

Là non plus je n’ai pas pu retenir mes larmes. Comment peut-on être acteur de telles atrocités ? La visite est poignante, des photos noir et blanc de chaque prisonnier portant un numéro sont exposées partout. Que de regards désespérés et totalement perdus.

Instruments de torture à S-21 (Phnom Penh, Cambodge)

Et puis les lits où tous ces Khmers ont été torturés, les instruments de torture, les tâches sur le carrelage (qui ont viré du rouge au marron avec le temps), les cellules d’un mètre sur deux, en briques ou en bois, les témoignages affichés au mur. La potence dehors, qui servait aux séances de sport des lycéens, a été utilisée par les Khmers Rouges comme instrument de torture.
Tout ce condensé de souffrance et de douleur, dans un bâtiment aussi banal qu’un lycée, avec des palmiers dans la cour… Je me suis demandé quelle devait être l’ambiance sonore de cet endroit pendant ces quatre années…

Une cellule de la prison S-21 (Phnom Penh, Cambodge)

Ne me sentant pas particulièrement à l’aise à Phnom Penh, et ayant de plus en plus de mal à supporter la chaleur étouffante, j’ai décidé de descendre directement au sud du pays… pour gagner la plage.
Suite des mes aventures balnéaires la prochaine fois…

Carte


 

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Il y a 3 commentaires »

  • Sophie dit :

    merci Marion pour ton blog, tu ne peux pas savoir à quel point, mais merci!
    dans la rubrique citations, une qui m’est très chère et qui devrait te correspondre:
    « on peut voyager non pour se fuir, chose impossible, mais pour se trouver ». Jean Grenier, « Les iles », intro du site deserts.fr, mon Asie à moi.

    Même si ce que tu vis actuellement a l’air dur, la façon dont tu le décris et dont tu as l’air e le vivre est belle. Merci encore

    Profite bien de la suite de ton voyage.

    Je t’embrasse fort et à bientôt

    Sophie

  • Myriam dit :

    Merci pour cet émouvant témoignage…

    Myriam.

  • Steff dit :

    Hello sister,

    Je ne vais pas être beaucoup plus originale que les commentaires précédents, mais cette brève est très forte en émotions.

    Alors oui merci merci pour ces mots, qui permettent de réfléchir sur soi aussi!

    Poursuis donc ta quête et reviens nous très très vite.

    Gros bisous

    Steff

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